Les facteurs d’émissions associés au compostage : lesquels sont les bons?

Par Denis Dionne, ing., M.Sc.A., GHG-V, SE (GES)

compost

Compostage en andains

Que vous soyez à travailler votre bilan carbone, monter un projet de réduction des émissions de GES ou que vous ayez à faire une demande de financement qui exige la quantification des émissions de gaz à effet de serre, vous avez sûrement constaté que le choix des facteurs d’émission pour l’estimation des émissions de CO2 des activités de compostages est critique et qu’il vient souvent dicter le résultat du bilan net du projet (voir l’article « Obtention d’un bilan GES positif dans la mise en place d’une collecte des matières organiques »).

Certains programmes (exemple : Climat municipalités du MDDEFP) imposent les facteurs de l’IPCC, d’autres laissent le choix au promoteur qui doit les justifier (par exemple le programme PTMOBC).

Le tableau 4.1 du rapport IPCC présentent des facteurs d’émissions dits «par défaut» pour le traitement des matières résiduelles organiques. Or, 4gCH4/kg et 0,3gN2O/kg représentent une moyenne des facteurs d’émission possibles pour le traitement de ces matières (on constate que la marge d’erreur est grande, la valeur minimale du facteur d’émission du CH4 étant de 0,03gCH4/kg et la valeur maximale de 8gCH4/kg…  une différence de 7,97gCH4/kg!).

Comme les émissions de GES provenant des activités de compostage sont directement influencées par le type de matières compostées, la température, l’humidité et l’apport en oxygène au processus et que ces paramètres diffèrent pour tout site de compostage, l’utilisation d’une valeur moyenne est à questionner et à justifier selon le mode opératoire.  En effet, un compostage aérobie bien géré, par exemple, offrira nécessairement un apport en oxygène plus élevé qu’un compostage parfois en mode anaérobie. De même, un compostage fait sous bâtiment muni d’un système de traitement de l’air produira moins d’émissions.

Un exemple : Un projet californien d’une approche de compostage en andains nommé extended aerated static piles (eASP)[1] a récemment démontré des réductions d’émissions de GES variant de 64 à 70 % (notamment grâce à l’aération forcée et l’application d’une couche biofiltrante).

Selon une étude de RECYC-QUÉBEC, le compostage en mode aérobie (plus précisément, le compostage en andain) est le plus populaire et les sites sont maintenant encadrés par des lignes directrices qui assurent que les opérations sont mieux gérées, plus surveillées et donc auront un mode opératoire moins propice à la formation de CH4… l’utilisation des valeurs de l’IPCC peut donc amener un biais aux quantifications GES, surtout pour les nouveaux sites.

D’autres sources de facteurs à explorer :

  • Étude du gouvernement australien sur la réduction d’émissions de GES grâce à différents modes de compostage.
  • Amlinger, F., Peyr, S., Cuhls, C., 2008. Greenhouse gas emissions from composting and mechanical biological treatment. “An average value of the different studies has been used, that is to say 60 kg CO2-eq. ton-1 ww.”  (à comparer à 177 kgCO2éq pour l’IPCC)
  • Étude du gouvernement Néerlandais pour la mise à jour des facteurs d’émission de N2O et CH4 du compostage, digestion anaérobie et l’incinération (de nombreuses références y sont présentées, on y propose 0,75 kgCH4/t et 0,096 kgN2O/t donc 45,51 kgCO2é/t):

Comme de raison, vous devez respecter les balises du programme auquel vous soumettez votre bilan carbone ou votre quantification de projet de réduction GES. Cependant, tel que spécifié dans les normes ISO 14064-1 et 2, assurez-vous d’utiliser des facteurs à jour et appropriés pour votre projet ou votre site!



[1] A low cost, low emissions composting system demonstrated in the San Joaquin Valley proved to be an effective tool in improving air quality. Part II, R. Horowitz, K. Barnes, J. Jones, P. Moon, T. Card, C.E. Schmidt and D. Noble, BioCycle, October 2013, Vol. 54, No. 10, p. 33 (abonnement requis)

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