Obtention d’un bilan GES positif dans la mise en place d’une collecte des matières organiques

Par Isabelle Audet, Conseillère technique (Bc.Sc., M.Env.)

Conscient de l’impact des activités du Québec sur le climat, le gouvernement québécois a adopté en 2006 un plan d’action 2006-2012 sur les changements climatiques (PACC). Ce plan, renouvelé pour 2013-2020, implique les municipalités et collectivités dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). À travers le programme Climat municipalités, plusieurs MRC et municipalités du Québec ont déjà emboité le pas et possèdent maintenant un inventaire GES et un plan d’action pour réduire leurs émissions. Le portrait des émissions de GES des MRC et municipalités est relativement semblable[1]. Ainsi, la majorité des émissions, soit plus de 80 %, proviennent du transport de la collectivité tandis qu’environ 15 % des émissions sont engendrées par l’élimination des matières résiduelles. Les émissions découlant des activités corporatives (bâtiments, équipements motorisés et traitement des eaux usées) représentent habituellement moins de 5 % des émissions globales d’une municipalité ou MRC.

Parallèlement, l’ensemble des MRC et municipalités du Québec sont actuellement dans un processus de révision de leur plan de gestion des matières résiduelles pour leur territoire (PGMR). Ce dernier doit maintenant tenir compte des nouveaux objectifs visés par la nouvelle politique de gestion des matières résiduelles 2011-2015 du gouvernement québécois. Cette dernière vise, entre autres, la valorisation d’au moins 60 % de la matière organique (MO) générée au Québec en 2015 en plus de cibler l’interdiction à l’enfouissement de cette matière d’ici 2020. Sachant que les matières organiques représentaient encore 41 % des matières éliminées en 2010 au Québec (RECYC-QUÉBEC), l’atteinte de ces deux objectifs demande l’implication de tous les acteurs de ce secteur.

Il est ainsi évident et logique que la gestion des MO doit être optimisée au Québec autant pour la diminution des GES que pour réduire nos déchets à la source. L’application sur le terrain n’est toutefois pas si simple, surtout lorsque l’on prête attention non seulement au bilan économique, mais aussi au bilan GES de ce type d’action.

Plusieurs options s’offrent aux gestionnaires municipaux afin de travailler à la réduction des matières organiques envoyées à l’enfouissement. L’option la plus populaire au Québec est sans contredit la mise en place d’une collecte porte-à-porte des matières organiques. Cette option implique habituellement l’ajout d’un trajet de collecte et ainsi, l’utilisation de camions-collecte supplémentaires. Or, l’augmentation de la consommation de carburant de ces véhicules engendrera des émissions de GES additionnels. D’un autre côté, le détournement de l’enfouissement de ce type de matières viendra balancer ces émissions en réduisant les émissions de méthane au site d’élimination. La valorisation de la matière organique sera effectivement toujours ultimement moins émettrice de CO2éq que son enfouissement. Cependant, certains facteurs comme la présence d’un système de captage des biogaz au lieu d’enfouissement technique (LET) peuvent venir jouer sur le délai d’obtention d’un bilan positif en GES. Un système de captage présentant une efficacité maximale peut même empêcher l’atteinte de réductions. Il est aussi important de noter que la littérature offre actuellement plusieurs différentes estimations concernant les facteurs d’émissions de GES engendrées par les activités de valorisation de la matière organique (compostage et biométhanisation). L’utilisation de l’un ou l’autre de ces facteurs dans la quantification influencera fortement le bilan GES de l’action (voir l’article «Les facteurs d’émissions associés au compostage : lesquels sont les bons?» pour plus de détails).

Il ne faut toutefois pas éliminer la collecte porte-à-porte des possibilités pour la valorisation des MO. Au contraire, ce type d’actions permet une conscientisation directe de la population à la cause environnementale. Il faudra plutôt prôner une stratégie qui maximisera l’utilisation du camion-collecte en réduisant, par exemple, son trajet au noyau urbain de la municipalité ou en instaurant un système de collecte en simultanée (co-collecte). Il serait aussi pertinent d’analyser les possibilités de réduction à la source par l’encouragement au compostage domestique et d’optimiser le processus de compostage ou de biométhanisation afin de réduire au maximum les émissions GES associées à cette activité (voir l’article «Les facteurs d’émissions associés au compostage : lesquels sont les bons?» pour plus de détails).


[1] Comparaison basée sur les balises de quantification du programme Climat municipalités.

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