La carboneutralité pour les bâtiments, comment y arriver?

Par Nicolas Vincent, ing. jr., M.Env., GHG-V, PA LEED

Vous avez certainement déjà participé à un événement où vous deviez déclarer la distance parcourue pour y assister afin que les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites par cet événement soient compensées. Il est de plus en plus courant que des événements sportifs et culturels désirent devenir carboneutre. C’est d’ailleurs le cas des Jeux d’été du Canada – Sherbrooke 2013 et du Festival International de Jazz de Montréal. Le concept de carboneutralité a fait son chemin au sein des organisateurs d’événement, mais qu’en est-il des gestionnaires de bâtiments?  Est-ce que ce concept est également applicable?

Il faut savoir qu’au Québec, les émissions de GES du secteur résidentiel, commercial et institutionnel, secteur principalement constitué de bâtiments, compte pour près de 11 % (8,95 million de tonnes de CO2 équivalents) des émissions totales du Québec[1]. Dans l’ensemble du Canada cette proportion augmente à 28 %[2]. Des réductions sont donc possibles dans ce secteur, mais comment y arriver?

Les gestionnaires de bâtiments sont généralement bien outillés, notamment par leur consultant en efficacité énergétique et par plusieurs programmes de subvention afin de mettre en œuvre des mesures visant à réduire considérablement la consommation énergétique et donc les émissions de GES.

À un certain moment, il n’est toutefois plus possible de réduire davantage la consommation d’énergie ou d’éviter les émissions relatives aux fuites des systèmes de réfrigération. Dans cette situation, la compensation permet donc d’annuler les émissions de GES du bâtiment. Le principe est relativement simple : le gestionnaire de bâtiment finance un ou plusieurs projets qui entraineront des réductions d’émissions de GES équivalentes aux émissions qu’il ne peut éviter. Ainsi au moyen d’une entente contractuelle d’achat d’une quantité de CO2 équivalent, le gestionnaire de bâtiment devient propriétaire de ces crédits carbone, et les utilisent pour compenser les émissions du bâtiment qu’il souhaite rendre carboneutre.

Malgré que le principe soit relativement simple, certaines mises en garde s’imposent afin de s’assurer de la crédibilité de la démarche. D’abord la norme ISO 14064-1 présente une méthode reconnue internationalement, pour produire l’inventaire GES, ou bilan carbone, du bâtiment afin d’identifier la quantité d’émissions GES à compenser. Selon le niveau de connaissance du gestionnaire, il peut être préférable de faire appel à une firme spécialisée pour produire ce bilan, car la quantification des émissions GES renferme quelques particularités qui peuvent rendre la tâche complexe pour les non-initiés. Également, lors de l’achat de crédits carbone pour la compensation, il faut être vigilant à propos de la qualité des projets. Il est toujours préférable d’utiliser des crédits certifiés provenant de projets élaborés selon un protocole reconnu, comme ceux de VCS[3] et vérifiés, par une tierce partie indépendante accréditée ISO 14065 par un organisme d’accréditation tel que le Conseil canadien des normes.

Par ailleurs, qu’est-ce qu’un gestionnaire de bâtiment peut retirer de la carboneutralité? D’abord, c’est un moyen reconnu qui permet de démontrer que l’on souhaite faire sa part dans la lutte aux changements climatiques. De plus, l’achat de crédits carbone permet d’aider à concrétiser un projet de réduction qui sans ce financement supplémentaire n’aurait pas eu lieu. La carboneutralité permet également d’obtenir des reconnaissances telles que l’attestation CarboresponsableMC qui représente un outil crédible pour communiquer la démarche effectuée. Enfin, compenser ses émissions de GES permettra d’obtenir un point LEED® supplémentaire dans la nouvelle version du programme de certification LEED® V4.



[1] MDDEFP (2013) INVENTAIRE QUÉBÉCOIS DES ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE EN 2010 ET LEUR ÉVOLUTION DEPUIS 1990 (http://www.mddefp.gouv.qc.ca/changements/ges/2010/inventaire1990-2010.pdf)

[2] Perkins + Will Canada, CBDCa, LEED Canada BD+C 2009: Technical Review – Energy and Atmosphere

[3] Verified Carbon Standard (http://www.v-c-s.org/)

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